«Parc ou pas parc, il faudra bien qu’on prenne des mesures pour encadrer l’utilisation des bois du Chalet-à-Gobet. Parce que la pression humaine est croissante.» Cette phrase lâchée par le garde forestier lausannois Frédéric Bourgeois, lors d’un atelier participatif du projet de Parc naturel périurbain, nous avait interpellés. Dans le cadre du débat en cours sur le bien-fondé de ce projet, nous lui avons donc demandé de nous emmener sur le terrain pour visualiser comment se concrétisait cette pression.

Un gros tas de crottin au milieu du chemin nous accueille dès notre arrivée. «Il y a 1700 chevaux dans un rayon de 10 km autour de ce qui serait la zone centrale du parc», sourit Étienne Balestra, chef du Service des parcs et domaines de la Ville de Lausanne, venu se joindre à la balade pour la compléter par quelques réflexions historiques (lire ci-dessous). Cinq minutes plus tard, nous arrivons à la cabane scoute de Bois-Clos. Le reste d’un feu de camp et une sorte de tipi de branchages attestent de nombreux bons moments passés ici. Mais Frédéric Bourgeois fait remarquer qu’il n’y a plus aucun jeune arbre dans le périmètre: le piétinement du sol empêche le rajeunissement de la forêt. Derrière la cabane, des canettes de bière vides ont été abandonnées par des fêtards.

Petit sentier très large
On traverse perpendiculairement la plaine de Mauvernay par un petit sentier rendu très boueux par les récentes précipitations. Résultat, comme tout piéton lambda peu enclin à patauger dans la boue, nous contournons la zone par l’extérieur. Une attitude qui contribue au fait que, par endroits, le petit sentier s’étale déjà sur une largeur de 2 mètres…

Le retour se fait sur le chemin longeant le haut de la «piste de ski lausannoise». Sur ses bords, de nombreuses petites taches jaunes qui ne sont malheureusement pas des primevères: «Le mieux serait de mettre ces crottes de chien à la poubelle. Mais les laisser dans l’herbe serait moins polluant que de les mettre dans un sachet plastique, puis de le jeter ainsi dans la nature», fait remarquer le garde forestier.

La suite de la balade se fait à vélo électrique, histoire d’étendre le périmètre d’investigation. Des deux côtés des routes où passent les voitures, les bandes herbeuses sont jonchées de dizaines de bouteilles de PET. Et sur chaque petit espace où peuvent se parquer des voitures subsistent des traces des visiteurs: détritus, déchets de tonte de gazon, gravats, bidons, et même un vieux balai mécanique en bon état – qui, au vu de son caractère vintage, aurait par ailleurs certainement pu être revendu sur un site de petites annonces… «Il est impossible de nettoyer régulièrement les 4000 hectares des bois du Jorat, rappelle Frédéric Bourgeois. Si on veut que tout le monde puisse continuer à profiter de cette belle nature, il n’y a d’autre possibilité que de renforcer la sensibilisation du public.»

Quiétude perturbée
Le piétinement, le littering et les dépôts illégaux constituent les problèmes les plus visibles. Mais les gens, et surtout les chiens qui se baladent n’importe où, perturbent également la quiétude forestière. Ajoutez à cela quelques rave parties illégales, un ou deux passages de moto ou de quad, voire des parties de paintball sauvages, et vous réalisez que tous ces espaces vus comme naturels sont finalement surtout colonisés par… l’être humain. «J’ai bien conscience qu’aucun de ces éléments n’est grave en soi, conclut le garde forestier. Mais leur addition finit par poser problème.»

Seul point positif de l’évolution en cours: le public étant toujours plus urbain, il a moins tendance à s’enfoncer au cœur des forêts, restant plutôt sur les chemins et leurs abords.

Sylvain Müller

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