24 heures : « Plus de 70 espèces menacées dans le Jorat »

24 heures : « Plus de 70 espèces menacées dans le Jorat »

Une étude réalisée dans le cadre du projet de parc naturel périurbain a estimé la valeur de la biodiversité de la zone convoitée.

Précisément 906 espèces végétales et animales, dont 73 figurant sur la Liste rouge des espèces menacées en Suisse. Voilà le résultat de seulement deux petites journées de relevés effectués dans les bois du Jorat en juin 2017, et dont les résultats viennent d’être publiés dans le «Bulletin de la Société vaudoise des sciences naturelles». «C’est bien, mais pas très bien», commente Daniel Cherix, président de la commission scientifique et technique du projet de Parc naturel périurbain du Jorat.

Cette étude était mandatée par le projet de parc dans le but de photographier la biodiversité actuelle de la zone convoitée. Elle a réservé quelques jolies surprises, comme la présence de cinq des six espèces de fourmis des bois connues en Suisse. Ou celle de deux nouvelles espèces de champignons, alors que 469 avaient déjà été répertoriés dans le secteur lors de précédentes études.

Ruisseaux bienfaiteurs

Jolie surprise également de découvrir que plusieurs espèces liées à la présence de ruisseaux s’épanouissent dans les bois du Jorat. Parmi elles, une écrevisse, une musaraigne et plusieurs libellules. «Cela montre qu’il ne faut pas seulement penser la région en termes de forêt, mais aussi en termes de milieux aquatiques», commente le scientifique. Et de rappeler que les deux sont intimement liés, puisque les forêts jouent un rôle fondamental dans le cycle des précipitations et dans le processus d’épuration de l’eau.

Le rapporteur de l’étude portant sur les éphémères, plécoptères et trichoptères (trois familles d’insectes volants aux larves aquatiques) annonce dans son rapport la découverte de six espèces menacées et huit considérées comme potentiellement menacées. «Cette richesse est essentiellement liée aux sources et petits ruisseaux dont les eaux sont majoritairement fraîches, bien oxygénées et peu polluées», explique-t-il aussi.

En revanche, et sans grande surprise, la récolte a été décevante en matière d’espèces saproxyliques, soit liées à la présence de bois mort. «On estime le volume actuel à quelque 20 m3 par hectare, alors qu’une forêt naturelle en compte 50 m3, soit plus du double, explique Daniel Cherix. Il n’y avait par exemple quasiment aucun arbre mort sur pied dans le périmètre étudié. Cela empêche la présence de toute la chaîne liée à ce type d’habitat, des oiseaux nicheurs aux insectes décomposeurs.»

Ce constat laisse entrevoir les possibilités d’amélioration de la biodiversité que constituerait une mise en réserve. Il rappelle aussi que, contrairement à l’image de nature renvoyée par la forêt, elle reste une surface cultivée. «Avec des différences toutefois en fonction du type d’exploitation forestière, rappelle le scientifique. Si certains secteurs ne présentent qu’une seule espèce d’arbres, d’autres sont déjà gérés de manière plus proche de la nature.»

Sylviculture douce

La Ville de Lausanne applique notamment ce type de sylviculture douce depuis une quinzaine d’années. Chef du service des Parcs et domaines de la capitale vaudoise, Étienne Balestra explique pourquoi: «Nous exploitons toute la possibilité annuelle de production de nos forêts, en misant ensuite sur le rajeunissement naturel pour qu’elles se régénèrent. Nous veillons aussi à laisser sur place une quantité importante de bois mort pour augmenter la biodiversité et garantir un écosystème forestier riche et varié. Le soutien financier de la Confédération aux projets de parc naturel est justement destiné à compenser cette une perte de productivité au profit d’une biodiversité encore augmentée.»

Sylvain Müller

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